Saint-Clar est la patrie d'un grand poète Gascon, Jean Géraud Dastros

Il reste sur la place Dastros un vrai trésor : l'humble maison (avec plaque commémorative) de celui qui fût un grand poète gascon, l'abbé Jean Géraud d'Astros, (c'est avec le "d'" qu'il signait et y était autorisé), vicaire de Saint-Clar de 1616 à 1648 et longtemps maître d'école. Né le 1er août 1594 dans une famille très modeste dont le chef, Antoine, était tailleur d'habit ou tisserand - peut-être les deux à la fois - il fût ordonné prêtre à 22 ans, recevant la charge de vicaire ("caperan") de Saint-Clar, charge qu'il exerça jusqu'à sa mort. Mais des impressions d'enfant et des études sérieuses faites à Toulouse avaient exalté en lui le génie de la poésie, d'une poésie qu'il exprima dans sa langue maternelle.

L'historien et régionaliste gascon, J-F Bladé, trace de celui qu'on a comparé au poète Hésiode, ce vivant portrait : "cet homme d'Eglise qui touche à la fin de la Renaissance a dû vivre dans les châteaux et presque l'égal de ses paroissiens". Très attaché à ses devoirs, mais bon vivant, se déclarant heureux malgré sa triste pauvreté, il chante le vin de son pays que lui offrent ses riches et généreux paroissiens:

lou bin es de touts maus lou metge

le vin est de tous les maux le rebouteur

lou bin es la joyo deou mounde

le vin est la joie du monde


Il est surtout sollicité par l'amour de la belle nature; il la chante en vers gascons d'une étonnante spontanéité. Ses oeuvres majeures: "les Quatres Saisons" et "les (quatre) Eléments".

Imaginons-le dans l'exercice de son ministère; allant de sa petite maison qu'il nomme son "Gabinét escurit" à l'église toute proche pour y dire la messe "son office sacré de chaque jour" , puis suivons-le parcourant dans la campagne les chemins qui le mènent auprès de ses paroissiens, s'arrêtant un soir d'automne sur le bord de l'Arrats pour admirer cet "Abarejadis de coulous" qui fait de la vallée une nouvelle Thessalie digne des dieux

"que si lous dious boulèn quita lou

Cèou per la terro abita ets n'auren pas

sous oueils dehoro qu'ets causiren per sa

demoro aquét baloun large e pregount

que teng de la Briho a Gramount".


Ce n'est pas sans émotion qu'on peut retrouver sur le livre de catholicité de Saint-Clar les dernières signatures qu'il y traça au début d'avril 1647. Et pourtant malgré la petite réédition populaire complète de ses oeuvres en 1869 (oeuvres mêlées à celles de d'Arquier, lui aussi vicaire à Saint-Clar, son successeur), éditions devenues toutes forts rares et peut-être à cause de cela, d'Astros fut un long moment oublié. Mais le 12 septembre 1948, pour le tricentenaire de sa mort, Saint-Clar, lui a rendu un vibrant hommage.